Avant le départ - un plan
3h30 : le réveil sonne, c’est l’heure d’avaler notre succulent overnight oat et faire nos derniers checks avant d’enfourcher nos vélos. Dans 1h30, on prend le départ de notre aventure, qui s’annonce aussi massive que le Mont-Blanc qu’on aura la joie de contourner par la Suisse, la France et l’Italie.
Au menu, 8 cols, 330 km et 8300 m de dénivelé. L’édition de cette année compte environ 600 participantes et participants, dont seulement 22 femmes en solo. Dont nous, en fait ! Audrey et Katia.
Des mois qu’on se prépare, qu’on se prend au jeu d’un entraînement rigoureux : « T’as vu cette recette de bouillie de riz dans du cello ?», « On est d’accord qu’on ne prend pas le départ s’il fait moche ? », « Ca va être incroyable ! », « Intense les barrières horaires ». On oscille entre excitation et appréhension ; ce doux mélange annonciateur d’un défi croustillant comme on les aime.
C’est donc avec l’envie de se dépasser, ensemble, sur un truc sérieux sans trop se prendre au sérieux qu’on se retrouve sur cette route humide, aux Saisies, à 5h00 du matin.
Les Saisies – Champex – kilomètre 120 – Un plan qui tient !
Une petite boule au ventre, un gros câlin et des sourires à la hauteur de notre joie : c’est parti ! Le départ neutralisé nous plonge sans attendre dans l’ambiance de ce qui nous attend. Quelques derniers éclairs au loin qui promettent de nous retrouver plus tard dans la journée, des centaines de lampes et de gilets réfléchissants ; c’est un véritable serpent lumineux qui plonge dans cette première vallée encore endormie.
On lève les yeux sur le magnifique Mont-Blanc, on les baisse sur le compteur : déjà 77 km ! Josh nous attend au col des Montets avec des bidons remplis d’électrolytes et de drink mix. « Vous avez un peu de retard sur votre plan, mais vous êtes larges sur la suite. »
Parce qu’au menu de ce tour du Mont-Blanc, il y a aussi une team ravito aux petits oignons qui nous suit au volant du Duster brandé Musette. Les glacières pleines de nos préparations qui pourraient nourrir tout le peloton, les playlists de secours prêtes à être dégainées et les mantras ultra motivant dans la tête.
On repart donc remontées à bloc, direction le col de la Forclaz, puis Champex-Lac !
Dans la montée du col de Champex, on se met dans notre rythme de croisière. Il nous en reste encore, des kilomètres, et une vieille douleur se réveille dans un genou. On adapte, on ne se laisse pas tenter par l’accélération d’autres participants et on en profite pour refaire le monde. Parce que c’est ça aussi le vélo selon nous. Se faire porter par la transe du mouvement et laisser libre court à ce qu’il se passe en nous.
Au milieu du col, visite surprise d’Anaëlle et de Ben ! Ils font la montée avec nous jusqu’au prochain ravito. En haut, Josh et Igor nous réservent un ravito de luxe.
« Alors, sandwichs, jus de cornichon, kinder Bueno ? Allez, on sort les chaises de camping ». (On a su après coup que coach, alias Igor, avait gentiment demandé à Josh de ne pas ressortir les chaises lol). On oublie l’espace d’un instant qu’il ne s’agit pas d’un apéro entre potes mais qu’il faut quand même songer à repartir. Go !
Champex – Pré-Saint-Didier – km 213 – Un point de bascule
Après une super descente sur Orsières, les conditions se corsent dans la montée du Grand-St-Bernard. On doit même dégainer nos écouteurs pour faire passer la monotonie des bouchons. Petite baisse de moral pour Audrey, le genou ne s’arrange pas, et les tunnels ne sont pas sa tasse de thé ! La météo ne fait que se dégrader, et on finit par arriver au sommet avec une petite grêle des familles. Katia immortalise ce moment dur en vidéo, qui nous fera bien rire après coup. Eva nous fait la surprise de nous attendre sur le tracé, mais on ne peut pas s’arrêter.
« La grêle, ce n’était pas trop prévu, mais il faut continuer les filles, il pleut jusqu’à 18h00 ici », nous dit coach. Après une pause abritée qui nous sauve de notre début d’hypothermie (merci la maladie de Raynaud lol), notre chère team ravito nous conseille donc sagement de redescendre le col sous 6°C. Après avoir bu un petit bouillon réconfortant, on s’équipe avec nos vêtements adaptés aux conditions. On se demande même si Audrey n’avait pas prévu les skis et les bâtons, tant sa tenue ressemblait à celle des skieurs au mois de janvier. Après ce petit moment de rigolade, on repart donc tout droit pour la vallée d’Aoste, en Italie, sous des trombes d’eau et un risque d’aquaplanning dans la descente.
En bas de cette longue descente, un vent humide et chaud se fait ressentir. C’était le moment d’enlever toutes nos couches. À ce moment-là, on savait qu’une trentaine de kilomètres avec un sympathique vent de face nous attendait pour traverser la vallée et atteindre le village de Pré Saint-Didier. On pouvait lire sur nos visages une certaine démotivation à avaler ces kilomètres. D’ailleurs, nous, ce qu’on aime, c’est grimper ! On n'avait qu’une hâte : commencer la montée du Petit-St-Bernard ! En selle, c’est parti pour les relais ! On ne savait pas encore si l’orage poursuivrait sa route avec nous, on s’est donc dépêchées d’avancer. Au fil de l’après-midi, il devenait de plus en plus difficile de bien s’alimenter ; bonjour les nausées et les ballonnements lol !!
On arrive enfin au ravito préparé par nos deux coachs ravitailleurs du jour. Au menu : cornettes au Maggi et coca ! Le temps de manger, se faire encourager par nos proches et verser une petite larme, il était déjà temps de remonter sur les vélos pour attaquer le mythique col du Petit St-Bernard. On était refaites ! C’était reparti pour rigoler et refaire le monde une fois encore.
Pré Saint-Didier – Bourg Saint-Maurice: Un plan qui vacille
Les choses se corsent dès le milieu du col ; les douleurs au genou sont de plus en plus présentes, mêlées à une méchante douleur à l’aine. Avec en prime un bug Garmin ! Cette douce mais interminable montée nous approche du sommet du col et de la réalité qu’on ignore encore : ça va être difficile de terminer dans les temps, de terminer tout court.
On avait décidé de tout partager, que ce soit une douleur émergeante, l’émerveillement de ce qui nous entoure, les plaintes comme les sauts de joie. Notre plan était de rester ensemble coûte que coûte.
Le dernier kilomètre de ce col incroyable fut intense tant en émotions qu’en douleurs. On était comme seules au monde, avec un début de sunset magnifique ! Mais notre best team était là pour nous accompagner jusqu’en haut, le sourire aux lèvres avec la musique à fond ! C’était une arrivée inoubliable, gravée à jamais dans nos cœurs. Les larmes aux yeux en y repensant.
Bourg Saint-Maurice – Bourg Saint-Maurice: Changement de plan !
Notre support team a attendu le dernier moment pour nous annoncer ce qu’ils savaient déjà depuis un moment : on était hors délai lol. Ils voulaient qu’on profite encore de la dernière et belle descente. Et c’est ce qu’on a fait !
Arrivées à Bourg-Saint-Maurice, on demande quand même au staff pour être sûres : DNF !
Voilà la petite histoire d’un plan, qui se tient, puis qui se tient moins, qui vacille et qui finit par être revu heure par heure. Ce n'était pas le plan dont on avait rêvé initialement, mais quand la ligne d’arrivée devient anecdotique, c’est que c’est une aventure réussie. On n’a peut-être pas gravi les 8300 m de dénivelé, mais qu’est-ce qu’on est fières et heureuses !
C’est aussi la petite histoire d’une aventure qui commence à deux, puis à trois, puis à nouveau à deux (prochaine fois avec toi Mélo <3), puis à 4 (la dream team des cornettes au Maggi merci), et à plus (le soutien à distance de nos proches). Parce que l’aventure est partagée, elle se transforme en une aventure d’équipe !
Bref, c’était une vraie aventure « UNpro », vivement la prochaine !
Audrey & Katia
Photos : Josh Kempinaire
Crew : Josh, Igor